Nuit au musée

Après avoir retardé l’échéance, anxieux d'affronter la réputation tortueuse de la route qui nous attendait, nous avons enfin comblé le reste de distance qui nous séparait encore de la célèbre Luang Prabang. 

 

Nous passons les quatre heures de route à contempler les paysages sublimes où la jungle dégouline des rochers comme la crème anglaise nappe les montagnes de fraises. Après des semaines de voyage, on croit pouvoir comparer, faire appel à notre mémoire et rapprocher deux panoramas comme pour se rassurer et ne pas avoir à affronter un nouvel inconnu. Mais rien n'y fait, nous sommes surpris à chaque fois. Les tableaux et l'atmosphère, à nouveau, sont complètement différents.

 

Le contraste est saisissant entre les brutales déchirures des reliefs et la vie qui s'écoule paisiblement. Nous sommes emportés par ce courant nonchalant, sans avoir - il faut l'avouer - fait preuve de forte résistance. 

 

Nous traversons des plantations d'orangers et doublons nombre d'échoppes où des pyramides de fruits sont veillées par le cône d'un chapeau Lao. 

 

Est-ce le fameux cap des six mois bien connu des voyageurs au long cours? Ou l'ambiance de ce pays en particulier qui nous apaise? La frénésie presque boulimique de découverte laisse place à la douceur de l'instant. Nous ne planifions presque plus rien. Nous voguons au gré des occasions et en oublierions presque le jour et la date. 

 

Puis c'est l'arrivée à Luang Prabang, ancienne capitale royale située à la rencontre des fleuves Mékong et Nam. Joyau de cité, elle est aujourd'hui classée par l'UNESCO et fait cohabiter maisons coloniales restaurées et temples bouddhistes dans un chic subtil. La chaleur torride de l'excessive Vang Vieng a laissé place à un climat plus tempéré, comme pour mieux s’accommoder à l'exquise délicatesse des lieux. Silence: contemplation en cours. 

 

Séjourner sur la péninsule revient à faire un bond de cent ans dans le passé. Il ne faut qu'un peu d'imagination pour voir surgir, au ralenti, la limousine du chinois de l'Amant de Duras au détour d'une promenade sur la rive (note pour les pointilleux: l'histoire de Duras se passe au Vietnam et non au Laos). Nous logeons à côté des baraquements du monastère où les rituels des moines, tout de safran vêtus - rythment notre journée. Les gongs marquent l'aumône du matin au lever du jour puis les lancinants chants de méditation.

 

Si nous en doutions encore, nous voilà parfaitement dépaysés. 

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Commentaires: 4
  • #1

    Sebo (mercredi, 22 novembre 2017 09:24)

    Merci pour ce moment partagé, où l'on ressent l'apaisement du pays... rien à voir avec Kuala.
    Je n'était à priori pas très attiré par l'Asie, mais vous commencez à m'y faire prendre goût. On a hâte de vous voir plonger dans les cascades de Kuang Si... ?

  • #2

    les HNL (mercredi, 22 novembre 2017 09:47)

    Même les paysages rappellent fraises et crème anglaise...Le manque provoque-t-il des hallucinations?
    Nous sommes envieux et ravis pour la troupe des voyageurs, profitez-en avant de retrouver le pays du " je vais vite à...ou vite au..."
    Merci pour le clin d’œil du dessinateur qui nous rappelle le fameux Tonkinois des Tilleuls .

  • #3

    papiloumarck (mercredi, 22 novembre 2017 12:53)

    Ce lieu est -il facilement accessible à vélo ? (de Vientiane)

  • #4

    ecole maternelle (jeudi, 23 novembre 2017 13:50)

    Chère Anna

    Nous avons bien reçu ta carte et la maîtresse nous a montré les photos. C'est chouette tout ce que tu fais. Tu nous manques beaucoup et on pense très souvent à toi. Ici on prépare un spectacle pour la fête de Noel. On attend la neige mais elle ne vient pas ! On voudrait aussi se baigner comme toi. Ce serait bien si nous pouvions te rejoindre et s'amuser ensemble. Nous te faisons tous de très gros bisous de la part de tous les enfants, Valérie et la maîtresse. Gros bisous à toi Milo pour ton anniversaire et ainsi qu'à Lola et aux parents. Profitez bien.