Le jeu des différences


Ce que le voyage a changé... 


Episode 2: je reconnais l'altérité (à défaut de l'accepter)

 

La tolérance ne fait pas partie de la liste de mes qualités. Quand j'évalue des options et que je décide d'un chemin, j'ai tout le mal du monde à accepter qu'il puisse y en avoir d'autres, voire des plus courts ou des plus intéressants.

 

Grâce à un gros travail sur moi-même, j'arrive à peu près à m'entendre avec mes semblables occidentaux en refrénant une trop prépondérante autorité. 

 

Mais la psychologie lao a mis mes certitudes en déroute, me forçant à accepter que - décidément - il y avait d'autres modes de pensée possibles, parfaitement honorables. 

 

L'anecdote commence alors que nous cherchons à louer deux scooters pour une semaine. La plupart des touristes en louant un seul pour 24 heures, je me dis - en utilisant mon mode de pensée occidental - qu'il y a ici matière à négocier un tarif de volume. "Combien pour deux scooters pour sept jours?" Demande-je à la première échoppe, fière de mon pouvoir d'achat! Quand le vendeur sort sa calculatrice, je me frotte les mains, jusqu'à ce que je me rende compte qu'il multiplie simplement le prix journalier par 2 puis par 7 pour annoncer le résultat de son calcul dans un grand sourire.

Ne me décourageant pas, j'ajoute "y a-t-il une remise pour 14 journées de location?". La réponse est très simple: "Non, il n'y en a pas". Il est presque choqué que je puisse poser la question.Ce vendeur préfère donc que ses scooters garnissent sa collection devant son magasin plutôt que de nous accorder une petite ristourne... Piètre vendeur, me dis-je. Allons voir plus loin.

 

Toutes les agences de location de Luang Prabang auront la même réponse. Tous! Les bras m'en sont tombés de si peu de sens du commerce. 

 

La culture lao est définie largement par le bouddhisme theravada qui implique le contrôle des émotions. Les émotions fortes sont totalement taboues. Le karma, plus que la prière ou que le travail est supposé déterminer le destin et ainsi, les laos ne considèrent pas le travail comme une valeur. Cette découverte me pétrifia: il y a donc des sociétés où le goût de l'effort n'est absolument pas valorisé, et cela va plus loin! Les laos sont convaincus que trop d'activité mentale est mauvaise pour le cerveau, ils se sentent sincèrement désolés pour ceux qui pensent trop. L'instruction et le travail intellectuel y sont donc considérés comme des stress psychologiques délétères. 

 

Evidemment, dans ce contexte culturel, le pays se fait littéralement cannibaliser par ses voisins - notamment chinois - qui y mènent des projets économiques de grande envergure et exploitent à leur place les ressources du pays. Mais les laos sont heureux, souriants et bienveillants et ils nous plaignent de nous abaisser à triturer nos méninges à en tomber malades... 

 

Je n'ai pas encore fini d'absorber cette découverte! 

 

Écrire commentaire

Commentaires: 2
  • #1

    Les HNL (samedi, 20 janvier 2018 09:26)

    Finalement n'est-il pas heureux de constater et de le vivre que tout ne se marchande
    pas ? C'est un beau sujet pour un débat philosophique.....

  • #2

    Jo (samedi, 20 janvier 2018 19:14)

    Je crois que je dois être un Laos refoulé
    N'est-il pas beau de se contenter de la valeur des choses sans chercher le rendement maximum ?