Le jeu des différences


Ce que le voyage a changé... 


Episode 3: j'ai réalisé que l'ennui valait de l'or

 

Le voyage libère d'un tas d'obligations: pas de courses à faire, pas de paperasse à remplir ou de coup de fil à passer et ainsi, une quantité énorme de temps s'en trouve libérée... 

 

Disparues les "corvées" qui, avouons-le servent aussi parfois de prétexte pour se retrouver seul avec soi même (que celle qui n'a jamais filé suspendre une machine à la cave pour cesser d'entendre les disputes jette la première pierre). En exposition permanente, nous sommes ici sans échappatoire à une présence pleine et entière aux autres membres de la tribu. 

 

Aux temps dits "de qualité" qui alimentent l'album photo et le catalogue des souvenirs s'ajoutent des moments ingrats, parfois même ennuyeux. Ils constituent des "no man's lands" temporels, à priori inutiles. Il n'en restera aucun souvenir mémorable. Jamais en se retournant sur l'Histoire, on n'entendra: "eh, tu te rappelles les trois heures de queue à l'embarquement du Kuala Lumpur - Vientiane comme c'était génial?"

 

Quelle injustice. Car ils auront, ces mal aimés, abrité nombre d'instants fondateurs. Dans le bus et en sueur, après la quatrième lecture consécutive de l'histoire de "Petite Pomme" (conte de noël du grand nord), regarder Anna lutter puis s'abandonner enfin au sommeil dans mes bras restera l'un de mes souvenirs les plus émouvants. Comme sentir autour de ma taille, sur le scooter, les bras de Lola se resserrer à chaque nid de poule. Ou encore regarder Milo organiser son hôtel et se préparer à l'arrivée de ses clients fictifs. 

 

Les moments perdus auront nourri les liens, peut-être d'avantage encore que les aventures extraordinaires que nous avons vécues. C'est eux qui seront le plus mis à mal par l'aspirateur qu'il faut absolument passer.

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Commentaires: 6
  • #1

    papiloumarck (lundi, 22 janvier 2018 13:04)

    "Es regnet ... ununterbrochen"; un temps pour un findumondiste.
    Un tourdumondiste qui se respecterait, au quart de tour, repartirait ... pour un autre tour !

  • #2

    Papou (lundi, 22 janvier 2018 16:25)

    On dit du temps qu'il passe, fuit, s'étire et peut être long ou rapide, passé, présent, futur, lorsqu'il se conjugue. S il nous faut apprendre à le domestiquer , nous n'en serons jamais le maître......il s'égrėne imperturbable . Peut être nous faudrait-il apprendre à vivre pleinement le temps présent.
    Quel bel équipage à vélo!

  • #3

    papiloumarck (lundi, 22 janvier 2018 19:00)

    Le temps s'en va, le temps s'en va ...
    Las ! le temps non, mais nous nous en allons...

    Ronsard

  • #4

    Jo (lundi, 22 janvier 2018 19:18)

    Comme dit le poète :


    Il faut laisser le temps parler librement
    Il faut laisser les heures couler doucement
    Il faut laisser nos coeurs chanter différent
    Il faut laisser le temps au temps

  • #5

    fabi (lundi, 22 janvier 2018 20:42)

    merci pour ce beau post, plein de verité et si joliment écrit.
    bises

  • #6

    sebo (lundi, 22 janvier 2018 21:03)

    Je m'ennuie, je sais pas quoi faire...et on s'entête à trouver une occupation, vite.
    Et si on laissait plus souvent le temps s'écouler à son rythme, le laisser s'allonger et devenir fécond ? Alors les seules limites deviennent celle de notre imagination et c'est là que naissent les plus beaux projets et les meilleures rencontres. Tout devient enfin possible. Ne tuons plus ce temps juste parce qu'il a eu le malheur de ne pas remplir entièrement tous les recoins de notre existence.
    Et puis on appuie sur le bouton rouge de la télécommande et en un instant toute cette angoisse disparaît, laissant cette magie technologique remplir doucement mais sûrement nos cerveaux d'un vide intersidéral...ouf, on n'est pas fichus.